Les femmes et le sport

Les sportives en Ile de France


LAURA FLESSEL, un exemple pour toute les sportives


Le réseau FEMINHOM, s’est créé en Guadeloupe en mars 2006 en s’appuyant sur la méthodologie du Réseau AVEC. Le premier magazine du même nom a vu le jour pour le lancement de ce Réseau.


Laura Flessel a été championne olympique et plusieurs fois championne du monde d’escrime. Elle a bien voulu répondre à l’interview de FEMINHOM sur ce qu’elle pensait de l’égalité des chances entre les femmes et les hommes.

  • FEMINHOM : Que pensez-vous de l’Egalité des chances entre les femmes et les hommes en Guadeloupe ?

Laura Flessel : Il faut arrêter de dire que les femmes ne sont pas les égales des hommes. Il faut que les femmes prennent leur destin en main. Ma mère, qui approche de la retraite, a travaillé très tôt pour obtenir son indépendance. Elle s’est construite toute seule. Aujourd’hui, les femmes ont pris conscience qu’elles pouvaient accéder à des professions qui leurs étaient fermées précédemment.

  • FEMINHOM : En Guadeloupe, les femmes ont-elles autant de chances que les hommes de réussir ?

L.F : Le milieu du travail est très difficile où tous les coups sont permis. Les femmes reviennent en Guadeloupe après des études en métropole. Bettiné Just a quitté le département pour la métropole pour ses études de droit. Aujourd’hui, elle revient et plaide en Guadeloupe. On n’est pas encore à du 50/50 entre les hommes et les femmes. On manque encore de crédibilité dans certains métiers car ils ne sont ouverts aux femmes que depuis peu. J’ai envie de créer mon entreprise pour montrer qu’une femme peut réussir. En sport, c’est encore plus difficile de réussir quand on est une femme. On planifie tout un programme pour y arriver et on essaye de s’y tenir.

  • FEMINHOM : Partir en métropole est-il nécessaire aux Guadeloupéennes pour obtenir une crédibilité dans le travail ?

L.F : Non, aujourd’hui, on a tout ce qu’il faut en Guadeloupe pour faire des études universitaires. Avoir un diplôme de la Sorbonne ou d’une université de métropole, c’est plus ronflant, c’est mieux sur le CV. Mais on a passé ce stade. Aujourd’hui, on veut des diplômes après il faut faire ses preuves. Valorisons ce qu’on a dans les D.O.M. Un diplôme est un diplôme.

  • FEMINHOM : Quelles avancées sont nécessaires pour obtenir l’égalité des chances entre les femmes et les hommes ?

L.F : Il faut beaucoup de communication, de transparence, des forums pour dire que nous avons toutes nos chances dans n’importe quel métier. Avant le travail dans le bâtiment était un milieu d’hommes. Désormais avec les machines utilisées, les femmes peuvent y travailler. La force n’est plus un critère prédominant à l’embauche. Les femmes ont les capacités pour travailler dans le bâtiment. Mais il y a aussi la peur d’arriver dans un groupe composé uniquement d’hommes. A nous de prendre notre vie en main.

  • FEMINHOM : Les hommes Guadeloupéens sont-ils prêts à accepter l’arrivée des femmes dans les métiers dit masculins ?

L.F. : Oui, ils sont prêts. Certes, il y aura toujours des machos. Mais on voit déjà des femmes arrivées dans tous les secteurs d’activité. Inconsciemment, les hommes se targuent de garder certaines professions. Mais en réalité, dans leur for intérieur, ils savent très bien que les femmes peuvent tout faire. Il ne faut pas s’attarder à regarder si c’est un homme ou une femme qui exerce tel ou tel métier.

  • FEMINHOM : L’accès au sport est-il plus aisé pour les hommes ?

L.F. : Ca fait 25 ans que je suis dans le milieu sportif. Ma discipline, l’escrime, n’était pas réservée aux hommes. Ma mère n’a pu faire du sport qu’à l’école. Pourtant, elle avait des aptitudes physiques. Elle a donc décidé que si elle avait des filles, elle les pousserait à faire du sport. J’ai poursuivi mes études en parallèle de l’escrime. Aujourd’hui, je travaille et je fais ma passion à côté. Mais avant, le garçon signifiait la pérennité de la famille. C’était le symbole de la réussite de la vie de couple. Il était le petit prince, il pouvait tout faire. Il était exclu des tâches ménagères. Aujourd’hui, les mentalités ont changé. On porte un nouveau regard sur le sport féminin sans même la discrimination positive. Je suis dans une discipline mixte. Il y a une émulation entre les femmes et les hommes. On combat ensemble quand on est jeune. Après on nous sépare en raison des différences physiques. Mais on continue de s’entraîner les uns avec les autres car nos différences permettent de travailler autre chose.

  • FEMINHOM : Mais le sport masculin est bien plus bien médiatisé que le sport féminin.

L.F. : Oui, mais à nous d’intéresser les médias et cela passe par des résultats. Le parcours et la victoire d’Amélie Mauresmo aux Internationaux d’Australie a été suivi par tous les médias. Aujourd’hui, c’est peut-être du 70/30 en faveur du sport masculin. Pour bousculer les habitudes des médias et les transformer, ça ne passera que par des résultats. Les bonnes performances des escrimeuses, des patineuses ou des tenniswomen ont amené les médias à s’intéresser. On n’est pas encore à 50/50 mais ce n’est pas grave à nous de grappiller. En sport, c’est la réussite qui compte, à nous donc d’avoir les résultats.

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