Formation, emploi et chômage

La formation, l’emploi et l’égalité professionnelle


L’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes est un concept qui depuis plus de cinquante ans réapparaît régulièrement dans le paysage social [6].

les femmes : une "variable" de l’ajustement économique

Même si des avancées considérables ont eu lieu ces dernières années en faveur de l’égalité professionnelle, nous ne pouvons hélas constater que de nombreuses inégalités demeurent malgré les différentes lois promulguées.

Quelques exemples suffisent : c’est encore au niveau national un écart moyen de 22% au niveau des salaires, les femmes sont plus nombreuses au chômage que les hommes, elles représentent en moyenne 83,4% des personnes travaillant à temps partiel. Et pourtant, 79 % d’entre elles sont en activité entre 23 et 50 ans, ce qui est l’un des plus fort taux de l’Union européenne. Plusieurs explications peuvent être avancées et notamment le fait que les femmes ont toujours été considérées comme une variable de l’ajustement économique. En temps de guerre ou de croissance des mesures les incitent à se positionner sur le marché du travail mais lorsqu‘il y a récession, on les prie de rentrer à la maison en proposant quelques allocations. Et même si les mentalités bougent lentement, les freins et les blocages demeurent aussi bien chez les hommes que chez les femmes qui quelques fois intériorisent des compétences moindres que ceux-ci.

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Une femme câbleuse

Pour que les femmes puissent accéder aux mêmes types de métiers, aux mêmes responsabilités et être réellement à égalité professionnelle avec les hommes, il faut certainement considérer cette problématique dans le cadre d’une approche transversale qui se situerait tout au long de la vie.

L’intériorisation des stéréotypes

De l’éducation des jeunes filles et des jeunes garçons, à travers les stéréotypes véhiculés par les images dans les livres pour enfants aux jouets sexués, l’intériorisation d’une domination masculine se construit progressivement. Elle est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne la percevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question. Malgré quelques évolutions encore peu significatives, cette intériorisation se retrouve notamment exacerbée dans les projets de vie scolaire et professionnelle des jeunes filles entraînant une assignation sexuée d’une future place dans la société. En effet, les filles réussissent mieux à l’école même dans les matières scientifiques et, pourtant, on les retrouvent moins nombreuses dans les études supérieures de longue durée et encore moins dans les matières scientifiques et techniques. Seulement 4% des jeunes filles obtenant le bac avec 14 de moyenne envisagent de s’inscrire dans des écoles préparatoires alors que les garçons moins modestes sont près de 27% [7].

Ainsi dans 450 métiers répertoriés, les femmes sont présentes à 80% dans vingt de ces métiers. Et que sont ces métiers ? Ceux-ci mettent en valeur des qualités supposées être spécifiquement féminines, telles la capacité d’écoute, la prédisposition à la relation d’aide, et de service, à l’éducation... reposant sur des stéréotypes comme la discrétion, la méticulosité, la disponibilité psycho-affective, la capacité à recueillir des confidences...Ces professions peuvent être répertoriées dans ce que nous pouvons appeler génériquement la relation d’aide, comme par exemple : assistante maternelle, assistante sociale, hôtesse d’accueil, secrétaire, infirmière, etc. La disqualification de ces métiers (notamment ceux de la relation) renvoie au fait que si l’exercice du métier repose plus sur des qualités individuelles que techniques, liées à la personne et donc au sexe, il n’y a pas à valoriser et à rémunérer ces qualités puisque ce ne sont pas des compétences acquises dans un processus de qualification professionnelle. Ce phénomène entraîne un déclassement, et à terme une baisse des salaires, la fuite des hommes et la déconsidération de ces métiers [8].

Les modalités de recrutement

Au regard de ces constatations, il est évident que la diversification du choix professionnel des jeunes filles devient un enjeu fondamental. Un travail de sensibilisation dans les collèges et lycée doit être mis en œuvre systématiquement non seulement au niveau des jeunes gens mais aussi au niveau des professeurs, instituteurs et acteurs et actrices chargés de l’orientation.

Pour améliorer l’égalité des chances entre les femmes et les hommes lors de l’accès à l’emploi, les modalités de recrutement des employeurs doivent être aussi modifiées. Du libellé de l ‘annonce devant signifier aux femmes la possibilité d’accès à un emploi traditionnellement masculin aux questions indiscrètes (interdites par la loi car discriminantes) posées aux femmes lors de l’entretien d’embauche. Combien de fois, des jeunes femmes ont pu s’entendre demander si elles envisageaient avoir des enfants et à quels moments. N’oublions pas que les hommes font aussi des enfants, mais, rarement, ils ont du entendre une telle question qui leur paraîtrait d’ailleurs saugrenue. Le Québec a interdit depuis longtemps que figure sur le C.V. l’âge, le nombre d’enfants et même la photo des candidats.

La sphère domestique et familiale

Une autre sphère de la société doit être explorée si l’on veut que l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes soit une réalité. Il s’agit de la sphère domestique et familiale. Les contraintes temporelles des femmes se sont considérablement accrues ces dernières années, du fait de l’alignement du travail des femmes sur le modèle masculin d’activité. Et à partir de ce modèle, les femmes se retrouvent à jongler en permanence entre les différentes contraintes et font de l’équilibrisme en permanence pour continuer d’assurer (en actes et en pensée, d’où le srtress) la gestion de l’ensemble des tâches, y compris la gestion de la continuité entre des lieux différents : école, travail, magasin, médecin, etc. En effet, les hommes n’ont quant à eux absolument pas pris à leur charge une part plus importante des tâches domestiques et familiales, ce que l’on aurait pu imaginer. Les dernières enquêtes sur les emplois du temps montrent clairement que depuis vingt ans la situation n’a pas évolué et que la diminution du volume de tâches domestiques prises en charge par les femmes vient notamment des progrès de l’automatisation [9] Objectivement, une partie des inégalités professionnelles dont sont victimes les femmes s’explique par le fait qu’il est toujours admis, même si c’est de manière tacite, que la charge des enfants et du domestique leur incombe. D’où leur moindre disponibilité -réelle ou supposée par les employeurs-, et par voie de conséquence, un certain nombre de postes leur sont inaccessibles en raison de cette responsabilité qui leur incombe.

Le "plafond de verre"

Bien évidemment, c’est dans l’activité professionnelle elle-même que nous retrouvons les inégalités les plus criantes comme par exemple la notion du « plafond de verre » qui fait que les femmes ne peuvent accéder ou très difficilement à un certain niveau hiérarchique. De l’inégalité des responsabilités à l’inégalité des salaires en passant par des retraites chaotiques du fait des congés maternités ou parentaux, on peut se demander si toutes ces inégalités ne sont pas la résultante des constatations faites précédemment au niveau de l’éducation, de l’orientation ou de l’articulation des temps de vie.

Mais comme l’écrit Dominique Méda il faut aussi se méfier des « mesures qui consistent « simplement » à accompagner le développement de l’emploi féminin en permettant aux femmes de se « débarrasser, en quelque sorte, du fardeau de leurs enfants ou des tâches domestiques et de s’investir exactement sur le modèle masculin dans le travail - c’est-à-dire toujours plus- ne peuvent constituer une réponse viable pour nos sociétés. » [10]

Des lois comme la loi Génisson sur l ‘égalité professionnelle ou des incitations comme le label « égalité » essayent de tendre vers plus d’égalité professionnelle. Lorsque les entreprises jouent le jeu, des exemples montrent que les résultats peuvent être significatifs à partir du moment où les mesures mises en œuvre font l’objet d’un travail commun et d’un consensus entre les employeurs et les salariés tant au niveau d’actions concrètes que de changement de mentalité . Hélas ! Celles-ci sont encore trop peu nombreuses à s’intéresser à la question.

Au moment, où le travail devient de plus en plus une denrée rare dans notre société, il faut reconsidérer un autre type d’approche pragmatique pour que les femmes et les hommes soient à égalité professionnelle dans leur travail et à égalité personnelle dans leurs différents temps de vie. Pour cela, nous préconisons une approche transversale tout au long de la vie. L’égalité professionnelle, cela s’apprend certainement dès le plus jeune âge en apprenant à prendre du recul vis-à-vis des stéréotypes et en modifiant les manières de pensées et les comportements. Cela s’apprend au sein des couples et des familles en laissant à chacune et chacun de réelles possibilités de choix professionnel. Cela s’apprend au moment du recrutement en luttant contre toutes les discriminations sexistes invisibles. Cela s’apprend aussi, bien sûr, au sein même de l’activité professionnelle en changeant les représentations du temps productif et les habitudes socioculturelles et professionnelles. Penser l’égalité professionnelle tout au long de la vie, c’est garantir aux femmes et aux hommes, la conciliation de leurs différentes activités et de leurs différents rôles dans la société.

Thierry Benoit

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