La première image met en scène une femme et un homme qui avancent respectivement dans leur projet professionnel. La route qu’emprunte l’homme est droite alors que le tracé de celle de la femme est sinueux. L’enfant, le mari, la famille sont autant d’acteurs-obstacles qui freinent l’éventuelle ambition de la femme. Se préoccuper des autres suppose de faire des compromis sur sa mobilité professionnelle, sur sa qualification....
La deuxième image montre une jeune femme assise avec sa mère qui est debout derrière elle. La mère s’appuie sur sa fille de tout son poids comme si elle voulait lui faire rentrer les épaules tout en lui tenant la tête en position droite. La scène illustre à quel point les générations antérieures veulent parfois peser sur le destin de leur filiation.
La troisième et la quatrième images évoquent des images complémentaires qu’on peut traiter dans le même mouvement.
On y voit la « société », un certain discours ambiant véhiculé par les gens qui parlent entre eux, encourager les femmes à faire des enfants. Ce discours organise une certaine valorisation sociale des femmes qui auraient fait le choix de s’épanouir dans la sphère privée. Mais dès que l’enfant paraît, la société se détourne de la mère qui se retrouve seule à gérer la situation. Elle doit faire face à ce qui soudainement apparaît résulter de l’expression de sa liberté individuelle. Ainsi, lorsque la mère demande le soutien de l’institution pour s’occuper de son enfant, elle est inscrite dans le registre de la plainte et représente un poids pour la société.
La dernière image montre une femme empêchée d’aller au travail par son enfant, qui s’accroche à elle.
Ces scènes posent deux questions :
Premièrement, pourquoi une femme voudrait-elle avancer dans son projet de vie lorsqu’elle constate la force des contraintes à surmonter ?
Il semble que parfois la lutte paraît sans issue étant donné d’une part le poids de l’histoire , et d’autre part, le travail de sape, inconscient mais permanent, de certaines générations qui semblent ne pas percevoir à quel point elles oeuvrent pour le conformisme le plus absolu. Il se dégagerait une certaine lassitude à porter la lutte de la part des femmes en quête d’émancipation qui se voient toujours rattrapées et assignées à une place traditionnelle qui n’est d’ailleurs valorisée que dans les discours.
La deuxième question pourrait se formuler ainsi : y-a-t-il un compromis possible entre une aspiration à un épanouissement dans la sphère de la vie privée via l’investissement de ses enfants et une valorisation de soi dans le champ des relations sociales. Il semble très difficile de se représenter l’existence d’une équivalence de dignité entre le statut social que la société attribue aux travailleurs et celle qu’elle attribue aux "femmes au foyer".
