La première scène montre une mère de famille qui vient de finir sa toilette et celle de ses enfants. Elle doit partir au travail mais ses enfants s’aggrippent à ses vêtements, refusant qu’elle parte. L’assistance voit la mère tiraillée entre la culpabilité à l’égard des enfants et son désir d’émancipation.
La deuxième scène montre une femme tiraillée entre l’adhésion aux normes sociales qui l’invitent à s’impliquer dans son travail pour faire carrière et le désir intime de vivre une vie de femme mère au foyer, ce qui du point de vue d’une société de performance semble un désir à refouler.
La troisième scène montre une femme qui se prépare à aller à son travail. Elle est face à sa glace et le public assiste lentement à sa transformation, comme si elle maquillait un versant féminin pour faire apparaître celui du masculin. Puis on la voit à son travail où elle semble pouvoir jouer le jeu de la femme guerrière, masculine, combattante. Arrive la fin de la journée, on la sent préoccupée, en partance, tendue vers un ailleurs, tandis que les hommes de l’organisation commentent leur journée de travail en se préparant à boire ensemble l’apéritif.
La quatrième scène montre une adolescente en train de passer un entretien d’orientation professionnelle. La conseillère, par l‘ensemble des conseils qu’elle prodigue, l’oriente avec une grande conscience professionnelle vers les métiers du « féminin », la dissuadant au passage, d’exprimer des goûts trop tournés vers des métiers « masculins »
Ces scènes sont convergentes sur deux points centraux :
Malgré toute l’évolution des rapports hommes/femmes, force est de constater encore aujourd’hui avec quelle force le regard masculin, intériorisé par les femmes elles-mêmes, organise encore leur expérience sociale.
La scène de l’orientation professionnelle en dit long sur ce à quoi une femme peut prétendre. Cet exemple illustre bien le travail d’anticipation sur le rôle social futur qu’une femme aura à jouer. Ne pas prétendre à des études trop longues, cela pourrait nuire pour devenir mère...
Ce travail d’assignation à une place spécifique est réalisé, dans la scène par une femme. D’où cette idée que les femmes contribuent, d’elles-mêmes, à la croyance selon laquelle elles auraient une fonction sociale spécifique.
Le deuxième point transversal aux différentes scènes porte sur la difficulté à s’émanciper d’un regard sur l’ « être au monde » qui ne soit pas binaire. Comme si une femme, pour avoir plus de chances de s’affirmer dans l’emploi ou dans un milieu réputé organisé à partir d’un versant masculin combatif, devait montrer des qualités masculines, ce qu’évoque bien la scène de la femme se transformant en homme avec l’idée que c’est à ce prix qu’elle sera acceptée à son travail. Comme si, encore une fois l’homme et la femme n’étaient pas des équivalents dans leur humanité. On peut enfin voir dans la deuxième scène, celle où l’on regarde cette femme trancher sur ce qui la tiraille, que l’émancipation de l’idéologie masculine se paie affectivement à un prix d’autant plus fort que l’ensemble du système relationnel familial est fondé sur la reproduction de cette idéologie.
